lundi 28 septembre 2009

La Porsche noire, le play-boy et la burqa

Par Tahar Ben Jelloun LE MONDE | 26.09.09 | 13h46

http://www.lemonde.fr/opinions/article/2009/09/26/la-porsche-noire-le-play-boy-et-la-burqa-par-tahar-ben-jelloun_1245524_3232.html

Le choc des civilisations se remarque parfois dans des situations ridicules, des comportements stupides provoqués par l'arrogance et l'ignorance. Ainsi, j'étais l'autre jour dans le sud du Maroc et j'ai assisté à cette scène : une voiture décapotable arrive à toute vitesse sur une route étroite, une piste pleine de trous. Une voiture de sport, peut-être une Porsche. Elle est conduite par un jeune, tête rasée à la mode, lunettes noires, cigarette aux lèvres et téléphone portable dans une main. Une voiture qui coûte cher, le prix d'une prairie, le prix d'une vie de travail à l'étranger ou le salaire d'un prince. La voiture s'arrête à notre niveau. Le jeune homme est fier de son machin. Il montre le pays à une femme assise à ses côtés, mais une femme enveloppée entièrement d'un voile noir, mains gantées de noir, et sur la fente, pour qu'elle puisse voir, elle a posé des lunettes noires. Un fantôme, une chose qui bouge à peine, mais ne parle pas. Cela me rappelle les dernières pages des Voix de Marrakech d'Elias Canetti, où il décrit une chose noire qui se meut à peine, mais dont on ne voit ni le corps ni aucun membre. Peut-être quelqu'un d'humain est là.

Le jeune homme sort de la Porsche, allume une cigarette et dit en français : "C'est beau mon pays !" La femme séquestrée dans ce linceul noir hoche la tête. Elle ne prononce aucun mot. Sans que je lui parle, il me dit : "Je me suis marié, et je repars avec elle, mais problème papiers, ils veulent photo identité visage découvert, ils sont fous, enfin Allah est grand !" Il passe plusieurs fois la main sur l'aile de la voiture comme s'il caressait la jambe d'une jeune fille nue. A son accent, je constate qu'il est du Rif, pays où l'on cultive du kif, avec lequel on fait le haschisch. Argent facile. Il conduit un engin comme s'il était prêt à s'embarquer pour la Lune et traite sa femme ou celle supposée être sa femme comme une esclave, une chose, un paquet enveloppé dans un service funéraire. Evidemment, il téléphone avec son portable et parle en néerlandais. Il vient de Rotterdam, car la voiture y est immatriculée. La chose le suivra dans son pays d'immigration, ou bien chargera-t-il ses parents de lui livrer le paquet par la poste ?

En repartant, il s'arrange pour que nous recevions un nuage de poussière. La chose noire n'est plus visible. Je n'ai pas eu envie de lui parler. Cela n'aurait servi à rien. Il doit avoir peur des femmes. C'est un problème d'ordre intime et relève de la psychiatrie. Il a peur qu'on lui prenne sa femme, qu'on la viole avec le regard, qu'on la désire en rêve. Alors qu'il la garde en attendant que la pauvre se réveille un jour et prenne sa revanche. C'est déjà arrivé.

Cet individu illustre à lui tout seul toutes les contradictions d'une mentalité de l'âge de pierre avec un pied dans le XXIe siècle. Il utilise les moyens techniques les plus sophistiqués et en même temps traite sa femme comme du bétail.

Ce genre de situation a été dénoncé de manière courageuse et forte par une femme arabe, une psychologue vivant à Los Angeles, qui a débattu il y a quelques mois avec un théologien égyptien sur la chaîne Al-Jazira. C'était le choc de l'année. J'ai retranscrit ce qu'elle a dit et vous en donne quelques passages : "Ce à quoi nous assistons aujourd'hui, ce n'est pas un choc des civilisations, mais une opposition entre des mentalités du Moyen Age et des mentalités du XXIe siècle ; entre la civilisation et l'arriération, entre la barbarie et la rationalité, entre la démocratie et la dictature, entre la liberté et la répression ; c'est un choc entre les droits de l'homme d'une part, et la violation de ces droits de l'autre. C'est un choc entre ceux qui traitent les femmes comme des bêtes et ceux qui les traitent comme des êtres humains..."

Cette femme, à visage découvert évidemment, parle calmement, martèle ses mots et dit ses vérités à un monde où règne l'hypocrisie et l'obscurantisme. Quand elle dit haut et fort qu'elle est laïque et que la foi est d'ordre privé, son interlocuteur hurle, affolé : "Tu es athée, athée, ennemie de l'islam !"

Qu'on le veuille ou non, il y a bel et bien deux mondes qui s'opposent aujourd'hui : celui de la liberté et celui de la barbarie, celle notamment qui a fait démolir des statues bouddhistes en Afghanistan et interdit aux femmes d'aller à l'école ou d'enseigner, de se faire soigner par un médecin homme, de rire de manière audible, d'écouter de la musique, de se maquiller (des femmes ont eu les doigts tranchés parce qu'elles ont mis du vernis sur leurs ongles), etc. La barbarie qui envoie des jeunes gens se faire exploser dans des lieux publics, celle qui menace la paix du monde en se réclamant d'un islam qui n'a rien à voir avec cette brutalité et cette folie. Comme a dit la femme courageuse, "les musulmans doivent se demander ce qu'ils peuvent faire pour l'humanité avant d'exiger que l'humanité les respecte !".

On a beau dire et répéter que l'Afghanistan et ses talibans ne représentent pas l'islam, que ce qu'ils font est en totale contradiction avec l'esprit et la lettre musulmans, c'est au nom de cette religion qu'ils agissent et parviennent à contaminer une partie de la jeunesse d'origine musulmane, qu'elle soit en Europe ou dans les pays du Maghreb.

Le jeune immigré à la Porsche noire avec la femme en noir a disparu convaincu qu'il est un bon musulman, un homme de son temps et probablement un mari qui ne sera jamais cocu !


Tahar Ben Jelloun est écrivain

Tahar Ben Jelloun
Article paru dans l'édition du 27.09.09.

samedi 12 septembre 2009

Suite du post du 18/07/2009
Départ de Casablanca – Arrivée à Assilah – Visite contrainte de Tanger – Dîner au Mirage – Arrivée à Larache dans une surprenante auberge…


Étonnamment, nous quittons Larache assez rapidement.
Les adieux avec Hassan sont touchants. Cette personne m’a l’air sincère. Et sa sincérité se traduit dans la longueur de son discours d’au revoir. Je pense qu’il est vraiment heureux de nous avoir accueilli et qu’il tient à ce que nous le comprenions bien. Il nous invite à revenir au plus vite, nous promet déjà 50% de réduction lors de notre prochain passage à Larache. Il souhaite santé et bonheur à tous nos proches pendant de (trop ?) longues minutes. Et conclut par l’espoir que la terre retrouvera son équilibre et que la paix reviendra enfin l’habiter. Ce Hassan est une personne bien singulière mais bien aimable et c’est bien là le plus important à mon sens.
Nous poursuivons notre chemin vers Tétouan dont la médina est inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO.
Sur le chemin, nous décidons que nous irons le lendemain à Chefchaouen, petite ville de montagne que Nico connaît déjà et dont la beauté ne cesse d’être vantée.
Pour éviter à nouveau de dormir dans un camp nudiste (pour ma part, j’ai donné, merci), nous assaillons de coup de téléphone les hôtels dès 10h du matin.
Et la, rebelote, pas de place. Est-ce une malédiction ou sommes-nous à ce point, inconscients des flux touristiques au Maroc ? Bon, ça suffit, après Tétouan, on rentre à Casa. Oui nous sommes samedi, et alors ? J’en ai marre !
Ha, en fait, il reste UNE chambre pour trois dans UN hôtel à 400 dirhams la nuit soit environ 35€. Naturellement, le réceptionniste refuse de la réserver arguant que nous pourrions ne jamais venir et qu’il perdrait alors le bénéfice d’une nuit. Bien, tant pis, nous rentrerons donc à Casa.
Mais non, il nous reste une dernière carte : Hélène ! Meuh, oui Hélène ! Vas-y rappelle ! Avec ta tchatche de commerciale, on va dégoter une suite royale sur les hauteurs de Chefchaouen avec un rabais en cadeau de bienvenue, non ?
Non.
Mais presque. Hélène arrive à convaincre le jeune réceptionniste de l’hôtel à 35€, qui s’avèrera adorable, de nous garder la chambre jusque 19h.
Mesdames Messieurs les recruteurs, Hélène est une commerciale hors pair !
Nous arrivons donc à Tétouan, le sourire en banane, la journée s’annonce cooool !
Un peu de culture, Article "Tétouan" de Wikipédia : "La ville de Tétouan (320 000 habitants) est la capitale et le centre culturel de la région du Tanger (Tanja) au nord du Maroc, au Rif occidental ; elle est considérée comme la ville la plus andalouse du royaume. Depuis 1999, elle est devenue la résidence estivale principale du Roi Mohammed VI".

Nous cherchons à nous garer rapidement. Beaucoup de monde se bousculent dans les rues et nous comprenons vite que nous ne pourrons nous rapprocher de la médina qu’à pattes. Nous ne connaissons pas du tout cette ville et aux premiers abords il est très difficile de s’y orienter. Dans ce genre de situation, sortez votre GPS ; votre GPS marocain j’entends, bien plus efficace que nos tom tom, iphone et autres gadgets alimentant la surenchère technologique. Non, le GPS marocain vous emmène où vous voulez quand vous voulez et souvent avec le sourire: « Au prochain feu, ouvre ta fenêtre, et demande à celui là, non pas celui là, celui là ! ». Nous avons pris l’habitude de demander notre chemin aux policiers, aux badauds, aux commerçants. Et cette technique s’avère fiable à 99% ! Sans faire de généralité hâtive sur le peuple marocain, je dois tout de même souligner que j’ai fréquemment constaté cette disposition à s’arrêter pour assister son prochain lorsque celui-ci vous sollicite. Une sorte d’ouverture à l’autre que l’occident gagnerait certainement à imiter parfois. Du moins, dans les grandes métropoles qui écrasent l’humanité en une multitude d’atomes indépendants, aveugles et sourds à leur entourage…
Une fois garées, nous plongeons illico dans la médina. J’adore la médina de Tétouan. Rares sont les rues à babouche, portes clés et autres conneries touristiques dont je suis friande. Il s’agit plutôt d’un dédale de ruelles dans lesquelles se dégage une incroyable vitalité. Les gens y vivent véritablement et ce que l’on trouve à vendre n’est souvent pas destiné aux touristes mais bien aux populations tétouanes. Il ne s’agit pas d’une mise en scène plus ou moins bien ficelée et destinée uniquement à provoquer chez le touristes la même émotion qu’au Printemps pendant les soldes : l’achat irréfléchi qui nous pousse, pauvres victimes, à acheter ce porte-clés babouche qui, avouons-le, ne sert à rien et qui en outre, provient certainement d’un pays asiatique à la main d’œuvre trop bon marché. Bon, à la décharge des victimes des soldes printaniers, les tops Maje n’ont pas à servir à quelque chose, ils ne sont pas serviles hum hum ! Irvine cette dernière phrase est pour toi ;-

Nous faisons vite un autre constat surprenant : beaucoup de marchands semblent être « perchés » haut, très haut. Encore une fois, nous frôlons le Rif, région riche et reconnue pour sa culture de houblon, bien sûr... C’est tout de même la première fois que je constate une telle concentration de « hauts perchés ». Ces rencontres, d’abord comiques, m’attristent ensuite énormément. Quelle détresse habitent ces hommes pour qu’ils cherchent ainsi refuge dans la drogue ? Nous parlons bien de drogues douces dont la consommation modérée n’altère pas le cours d’une existence. Mais là, les prises sont telles qu’il n’est plus possible à ces personnes d’affronter la réalité. Ils sont comme affalés sur des radeaux à la dérive, trop faibles pour tenter d’en changer le cap…
Naturellement, nous nous perdons complètement. Nous marchons, une éternité me semble-t-il, dans des rues qui me finissent par me paraître toutes plus ou moins semblables. Demander son chemin se transforme en quête du graal. « Bab Ceuta » afak (s’il vous plaît) ?
Cette dame au facétieux chapeau (chapeau typiquement berbère je crois) nous indique le nord, ce monsieur sans âge le sud.
Ha., ben c’est le bordel. Again !
Je pense qu’en fait, nous prononçons les noms de rue ou comme des chameaux marrakchis et que personne ne nous comprend.
Nous allons et venons, à droite à gauche. Tiens, prenons cette rue, Hélène préfère celle-ci, moi je sens bien le chemin qui descend, et Nico suggère le passage pentu. Tout cela en esquivant les « guides », messieurs insistants qui souhaitent à tout prix vous faire découvrir les médinas en contre partie de sommes d’argent à négocier. Tous les trois préférons avancer à notre rythme, nous perdre et saisir des bribes de vie qui nous seraient invisibles sans prendre notre temps. Malgré tous ces instants lyriques, nous pestons tous en notre fort intérieur. Enfin, surtout Nico et Hélène. Moi j’ai l’habitude d’extérioriser dans ces moments là : « Putain mais c’est pas vrai, ça fait trois fois qu’on passe ici » « Nico, t’es pénible, je l’avais dit qu’il fallait prendre cette rue » « encore trois minutes et je tombe en crise aigue d’hyposupoglycémie, je vous préviens » ! (Nico me confie une petite pensée intérieure de Nico : quelle relou, je la perdrais bien dans la médina !)
Et puis il se fait faim !
Nous décidons de sortir de la médina, trouver où nous restaurer, étudier le plan du routard et replonger dans la médina une fois nos esprits reposés.
Nous sommes dans la rue principale de la nouvelle ville de Tétouan. Une rue banale, quoi qu’hispanisée. Nous passons devant un restaurant auquel l’expression « ne paie pas de mine » sied à merveille. Au même moment, je lis le routard à la recherche de pauses repas abordables et surtout goutues ! Et bien, bizarrement, le Routard nous conseille ce boui boui devant lequel nous nous trouvons.
Nous entrons, dubitatifs, et là, encore une bonne surprise ! Pour découvrir le Maroc, je crois modestement qu’il faut être patient et surtout ne pas s’attacher à votre première impression.
L’un des endroits que nous préférons à Casablanca est un petit restaurant proposant des tajines à 2,5€ servis au milieu d’un parking à voitures...il s’agit de l’espace professeur rue Ibnou Moussa Noussair, à bon lecteur touriste…
Bref, cet endroit répond parfaitement aux attentes de nos estomacs et aux envies de Kronenbourg de Nico. Vous pensez qu’il s’agit d’un instant banal. Et bien détrompez-vous, trouvez de la bière dans un petit resto n’est pas courant. Cela ajoute du plaisir à la dégustation, semble-t-il.
Après une étude approfondie d’un plan de la Médina, nous voilà repartis à son assaut. Approfondie car étudiée de près par trois personnes : Hélène, puis Nico, puis moi !
Effectivement, cela s’avère bien utile. Nous parvenons à visiter enfin la Médina et à comprendre tous ces recoins.
Nous tombons sur un recoin au sein duquel Hélène et moi redevenons de petites filles en quête d’histoires de princesse. C’est le quartier des Kaftans. Les kaftans sont ces robes magnifiques dont je suis tombée amoureuse. S’il m’était permis, je m’habillerais en kaftan pour aller faire mes courses !

Je peux vous dire qu’en terme de rêve de princesse, les marocaines en connaissent un rayon. Les images parlent d’elles-mêmes.
Nous quittons Tétouan, ravis de cette visite et enthousiastes à l’idée de découvrir, le Rif, le vrai Rif !






Je kif le Rif !


Nous roulons vers Chefchaouen comme prévu. La première impression est olfactive. Lorsque l’on sillonne les routes de montagne qui mènent à Chefchaouen, une odeur plaisante gratouille le nez. Trop peu forte pour être désagréable mais suffisamment pour que sa présence persistante éveille notre attention. Mais qu’est-ce donc ? (genre :))

Sommes-nous bête ? (non !), il s’agit évidemment d’une odeur de cannabis ! Et oui, cette toute petite région, produit 28% de l’offre mondiale de résine de cannabis. Nécessairement, les champs ne sont pas loin ! La culture du kif fait vivre économiquement la région et visiblement, elle ne s’en plaint pas (pourtant, les prix sont multipliés par 800 à 1000 lorsque la résine arrive dans les coffee shop néerlandais !). Même si le royaume tente quelques coups de force sous la pression internationale, le chit, kif, cannabis, beuh et autre weed vont bon train par ici. Les interventions étatiques seraient-elles hypocrites ? Je ne sais pas, mais la culture est autorisée même si le commerce et le transport sont prohibés. Non, ne vous imaginez pas déjà en champêtre agriculteur, nous n’avons pas croisé d’agences immobilière placardant des « A vendre » et les terrains ne sont occupés que par des locaux ! Il semblerait que les rifains protègent leur sol aussi biens que les Corses leur île. Protègent leur sol – des étrangers, il s’entend. Car en termes, d’impact écologique, la culture du Kif est loin d’être neutre. Le kif est une monoculture engendrant une surexploitation des sols, qui naturellement, a des impacts plus que néfastes sur l’écosystème. Bob s’en retourne certainement dans sa tombe ! Bref, il s’agit d’une problématique alambiquée. D’un coté, la culture du kif semble sortir de l’indigence toute une partie de la population marocaine, rifaine du moins. De l’autre, les problèmes de santé individuelle et publique que provoque sa consommation sont évidents. Sans parler du manque à gagner fiscal et des dangers inhérents à toute économie souterraine. Je ne connais pas assez les implications politico-économiques pour émettre un avis éclairé, en revanche, il est indéniable que le Kif est au Rif ce que le vin est à la Bourgogne. Un petit Romanée Conti ?

Si l’on devait établir un top 3 des villes marocaines, de mon point de vue, Chefchaouen y aurait sa place sans conteste. Cette petite ville adossée à la montagne est un havre de paix et de sérénité. Peut-être est-ce cette odeur qui berce nos esprits et éteint nos tensions ?

Quoi qu’il en soit, il s’agit d’une ville dont les charmes ne sont que peu altérés par les assauts touristiques.

Nous déposons rapidement nos affaires à l’hôtel. Enfin, la chance nous sourit. L’hôtel brille de propreté et le prix de la chambre réjouit nos banquiers. Les chambres sont parfaites, le jeune homme de l’accueil courtois, les sanitaires reluisants et même le petit-déjeuner répond à toutes nos attentes (Il s’agit de l’hôtel Tarik que vous pouvez joindre au 05 39 98 73 30 > 400 dhs soit 35 € la chambre triple).

Très vite, nous nous lançons dans la visite de la ville.
Nous avançons entre les façades bleutées, dans des rues sinueuses, parfois étriquées, arrêtons notre regard sur un enfant à la beauté saisissante, marchons d’un pas léger sans plus nous soucier de rien. Comment décrire cette ville sinon le plus simplement du monde : elle est belle. Je me retourne et observe mes compagnons de route. Leur visage béat complète parfaitement le tableau.

Nous montons, descendons, empruntons des escaliers puis un chemin, d’autres escaliers qui nous hisse plus haut puis finalement aboutissons sur la grande place centrale sur laquelle fleurissent des restaurants aux menus tous identiques.

Nous choisissons celui qui se différencie. Il est en hauteur et offre une vue agréable sur cette grande place. L’animation nocturne ronronne doucement. Nous choisissons la sagesse, au regard de nos visages fatigués, et regagnons notre hôtel dès la fin du repas. Ils seront un indicateur fiable. A peine couchés, nous dormons tous d’un sommeil profond jusqu’au lendemain.

Le lendemain, nous choisissons de refaire un tour dans la ville. De surcroît, nous aimerions faire une rando dans l’après-midi et Hélène n’a que des tongs, et au mieux des ballerines. Il nous faut donc trouver une paire de baskets. A sa décharge, il n’était pas du tout prévu d’aller jusque Chefchaouen durant le week-end.

Nous achetons ladite paire, et hop nous voilà reparti à 10 kilomètres de là. Au pont de Dieu.

Là-bas, nous y trouvons un petit guide (petit de par l'âge notamment...) : Mohammed Saïd. Bon, il s'avère que sa présence n'est pas essentielle. C'est toujours tout droit. Nous nous consolons en arguant qu'il faut faire vivre l'économie locale, hein?

Cette balade en pleine nature est vivifiante.
Nous arrivons au pont de Dieu après une petite demi-heure de grimpette. Il s'agit d'un pont naturel assez étonnant. Le coup d'oeil vaut le détour.

Il nous faut être à Casablanca le soir. Nous prenons donc le chemin du retour.

Après un ravitaillement par tajine aux légumes (sublime), nous voici sur la route vers Casablanca.

Nico roule attentivement comme d’habitude. Il peste beaucoup contre les énormités que peuvent faire les chauffeurs sur la route. Nous nous retrouvons parfois à quatre voies sur des routes qui ne peuvent en contenir que deux. C’est incroyable. Zen, nous ne sommes plus qu’à 100 km de Casa.

Nous sommes sur une interconnexion entre 2 autoroutes. Nous roulons à 80 km/h. Je rêve, je suis loin, à Chefchaouen.

Et là. Accident.

Nicolas pile très brutalement.

Ouf. Nous nous sommes arrêtés à quelques centimètres de la voiture devant nous.

Ce n'est pas terminé. Un choc violent venant de l’arrière ravive notre peur, la voiture qui nous suivait a choisi de se déporter vers la droite défonçant au passage l’arrière de notre véhicule et la voiture suivante n’a pas eu le temps de s’arrêter et a donc terminé son trajet dans notre pare-choc déjà bien assez défoncé.

Prise de panique, pensant que d’autres véhicules vont poursuivre de carambolage fou, j’hurle qu’il nous faut sortir du véhicule. Je secoue vigoureusement Nico pour qu’il sorte de sa torpeur, naturelle après un tel choc, et nous voilà tous les trois sur le bord de la route. Complètement désorientés, tremblant de panique, retenant des larmes de peur (bon ok, surtout moi pour les larmes, qui finiront par avoir raison de ma pudeur).

Dans notre malheur, notre chance fut immense. Déjà, personne n’a à se plaindre de blessures, aussi légères soient-elles. Hélène a tout de même mal au cou. Nous relativisons très vite lorsque nous nous apercevons que, dans la voiture emplâtrée dans la notre, se trouve une petite fille de 8 mois qui se tenait assise sur les genoux de sa mère, sans ceinture. Elle a un visage d’ange, et me regarde de ses grands yeux noirs interrogateurs. J’explose de rire. Nerveusement. Comment est-ce possible ? Je ne le saurai jamais.

Ensuite, notre bonne fortune, si je peux parler ainsi, se confirme. Toutes les personnes des véhicules impliqués font preuve d’une profonde gentillesse. Deux des trois voitures concernées réunissent des personnes d’une même famille ce qui facilite les tractations. Je remplis les constats. Nico ne dit plus grand-chose. Il est 21h. Nous serons chez nous à 1h.