mardi 18 août 2009

Comment se retrouver à l’arrache à Larache

Suite de l'article du 17/08


Le Mirage, quel endroit féerique…

Maman, quand je serai grande, je veux faire touriste au mirage !

Nous commençons à reprendre conscience de la réalité : nous ne savons pas vraiment où dormir.

Nico propose de filer directement à la maison d’hôte que nous avons réservée à 100 km de là, je suggère de refaire un tour de Tanger, sait-on jamais…

Bien entendu, mon enthousiasme finit en déconfiture. Après avoir essuyé quelques dernières rebuffades : « nan, y’a pas d’places ! », nous prenons le chemin de Larache, à 100 km au SUD EST de Tanger. Demain, nous comptons aller à Tétouan, à 50 km au sud OUEST de Tanger…

Je vous suggère de consulter la carte ci-après (en cliquant dessus) pour comprendre mon agacement.




















Petit aparté sur Nicolas Baron, pilote émérite.

Tout d’abord, Nico, je t’adresse publiquement une pléthore de remerciements pour ta conduite. Nous n’en sommes pas à notre premier week-end et ta constance n’a pas de faille. Tu excelles en conduite : vitesse mais respect des limitations, prudence et concentration soutenue.

Un tout petit rikiki bémol : tu es un peu trop inventif en insultes et parfois tu dépasses les bornes des limites :-p

Nous arrivons à l’arrache à Larache, vraiment.

Il est 1h00. J’ai prévenu la maison d’hôte de notre retard en m’excusant platement de ce manque notoire de bonnes manières. Si ma grand-mère lisait ces lignes…

Hassan, le maître de maison nous accueille. Il parle parfaitement français et est plutôt sympathique au regard de l’heure à laquelle nous osons arriver.

La maison d’hôte s’appelle « La maison haute » et doit aussi son nom aux innombrables escaliers qui mènent ses visiteurs jusqu’à son toit. De là, l’effort est récompensé par une vue imprenable sur la ville de Larache. La maison donne sur la médina et surplombe la mer sur laquelle voguent

de petits bateaux, chargés de poissons, mais pas que de poissons, aux dires de Hassan…Nous sommes à la frontière du Rif…A bon lecteur.











Hassan nous amène à nos chambres. Nous arrivons dans un petit patio entouré de trois chambres et là, incroyable !

Je frotte mes yeux, les frotte encore, les ferme, les ouvre, les re frotte, les ferme.

Je regarde Hélène qui semble avoir vu un ovni.

Quelqu’un dort nu juste devant nous ! Tout nu, nu comme un ver !

La luminosité est telle qu’il m’est impossible de discerner l’âge ou le genre de cette personne mais par contre, des fesses sont des fesses ! Et il s’agit bien de cela !

Je devine aussi une bouteille d’alcool fort presque vide.

Hassan cache le spectacle incongru en fermant les portes sans empressement et nous amène à notre chambre, attenante à celle du ver tout nu.

Nous posons nos affaires, effarés. Notre hôte nous invite prestement à boire un thé que nous acceptons, mollement, par politesse, je crois (il est 1h30…). Il s’avère qu’Hassan est bavard, mais intéressant. Sa vision de la vie est déformée par cette cigarette en bois taillé qui sent bon la région du Rif…

Nouvelle surprise : une italienne sort de nulle part et traverse la pièce. Elle est vêtue d’une tenue très légère en soie semble-t-il…Vraiment bizarre…

Après plusieurs tentatives échouées de « euh…désolée mais on est un peu fatigués… », nous parvenons à nous extirper du gentillet guet-apens. Et là : réunion au sommet dans notre chambre (toujours voisine à celle du ver tout nu, eurk !).

Extrait du dialogue :

«

Hélène : truc de fou, vous avez vu ce que j’ai vu ?

Moi : ha ouais, c’est un truc de dingue, il était tout nu. Le gars se croit chez mémé, il dort tout nu la chambre ouverte !

Nico : Nan mais t’as vu le couple aussi

Moi : non ? Quel couple ?

Hélène : Nan mais t’as pas vu le couple tout nu ?

Moi : euuuuh non, j’ai juste vu une personne

Nico : arrête, t’as pas vu la femme et son mec ?

Moi : ben non j’ai pas vu la femme et son mec

Hélène : c’est chaud, où est-ce qu’on est tombé? Et pis l’autre italienne qui débarque de nulle part.

Nico : c’est sûr qu’il s’est passé des trucs bizarres

Hélène : peut être qu’ils ont @$**^^^@@@@---$$£££

Nico : ha oui, c’est sûr que c’est ça

Moi : Nonnnnnnnnnn, je veux rentrer à ma maison !!!!!!!!!!! »

La dernière réplique est destinée à vous faire sourire et ne traduit pas du tout la réalité. Ceux qui me fréquentent connaissent ma bravoure.


Selon les témoignages de Nico et Hélène, un couple se tenait aussi à notre droite, reposant dans le même état que le ver tout nu. Par pudeur, j’ai coupé quelques séquences de ce dialogue où il était question de modes épilatoires auxquelles Hélène n’est manifestement pas rompue et de plastiques corporelles permettant de situer l’âge des protagonistes.

Comme c’est drôle, dans le routard, il est écrit sur cette maison « le salon confortable et intime donne sur le souk », génial.

Pour ma part, il s’agira d’une situation pour laquelle mon manque de sens de l’observation m’aura été bien utile !

Au final, si j’en crois leurs propos, j’ai échappé au pire.

En discutant avec Hassan, nous comprenons que les vers nus partageant notre étage sont une famille : un français, sa femme dominicaine et leurs enfants…Vraiment che-lou cette histoire !

Avant d’essayer de dormir, Nico nous fait part de ses impressions. La chambre lui rappelle la guest house de Kaboul : « d’ailleurs, vous avez vu, c’était marqué ‘Larache Guest House’ »…

Kaboul, Kaboul…mais c’est super !

Merci Nico.

Rassurez-vous, Nico a adoré la guest-house de Kaboul. Nous devons bien avouer que la décoration est mignonne et que l’impression générale qui se dégage de cette maison est plutôt agréable. Les teintes sont guèdes et ocres. Les draps sont propres. Pas de cheveux (ou autres éléments écœurant lorsqu’ils ne nous appartiennent pas) dans la salle de bain. Malgré tout, je sors MON draps de la valise, celui que j’emporte quand je n’ai pas de sac de couchage sous la main et m’enroule dedans du mieux possible tel le ver –non nu- dans son cocon protecteur.

Nous rejoignons tous notre pote Morphée, rongés par une fatigue lancinante…

Et là, à 5h ou 6h du mat’, je ne sais pas, l’audacieux muezzin (personne ayant pour principale fonction l'appel des fidèles à la prière, cinq fois par jour, depuis le haut du minaret) s’installe entre Nico et moi pour nous chanter, non pas « douce nuit », mais l’appel à la prière de as-soubh, celle de l’aube.

En fait, notre fenêtre laissée ouverte, donne directement sur la mosquée et l’appel à la prière retentit dans la chambre comme des caissons de basse mal réglés.

Alerte ! Tous au front, parés au combat !

Ha non, fausse alerte, tentons de nous rendormir.

Je vous passe les détails de cette nuit durant laquelle Nico et moi alternons entre sommeil et agacement profond. Le routard a ôté de préciser que le souk sur lequel donne la maison vit aussi la nuit. Musiques, rires, cris, rythment donc notre sommeil jusqu’au lendemain 8h00.

Quant à Hélène, elle se souvient à peine de l’irruption impromptue de notre ami le muezzin…Voilà ce qu’on appelle avoir un sommeil de plomb.

Le lendemain, nous retrouvons tous les vers au petit déjeuner : la famille composée, en effet, d’un français, de sa femme dominicaine et de leurs enfants et un jeune couple d’italiens. Fort heureusement, chacun a eu le bon goût de se vêtir.

Tout paraît normal, mais je ne peux m’empêcher d’observer chaque personne avec vigilance.

Nous ne dénouerons jamais les mystères cette nuit mais avec du recul, je préfère penser que les circonstances ont dénaturé notre vision des choses.

Cette famille n’avait surement pas prévu notre arrivée et devait avoir chaud, hein ?

Ou alors, il s’agissait d’une famille de naturistes peu avertis des mœurs marocaines ?

Quant au couple d’italiens, ils étaient normaux voire sympathiques.

Je termine sur une petite citation d’Alfred de Musset :

« Qui ne sait que la nuit a des puissances telles, que les femmes y sont, comme les fleurs, plus belles. »

Pourtant, Hélène semble préférer nos voisins d’étage de jour que de nuit …

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