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…avoir du thé à la menthe en réunion…
…arrêter brusquement la réunion le vendredi « ha ! il est midi et le vendredi, ben, c’est permis !… »
…en RH, prévoir le congé de pèlerinage à
…sur la sécurité routière, prévoir les usagers de la route « Amélia, t’as prévu les stats sur les charrettes ? euh… les charrettes ? oui oui »
Et c’est aussi….
…inventer des nouveaux systèmes RH toute seule comme une grande….
« Bon alors je vous présente un nouveau système que j’ai appelé « le système à points ex nihilo »
Pourquoi ex nihilo ? Parce que je me suis couchée en me disant « ‘tain c’est compliqué, comment j’vais faire… » et je me suis réveillée avec un système.
Alors ce système est le suivant :
On va dire que tout le monde va recevoir une note sur 160
- pourquoi 160 ? et ben Monsieur, je vous demande, pourquoi pas 160 ?– Bon.
Ensuite, on va distribuer des points, par exemple le chef il aura 2, le chef du chef on lui donnera 3. Si le chef, il est chef depuis 10 ans, on va lui donner 4 , depuis 11 ans, 5… ET SI , il a un permis de conduire on va lui ajouter + 3, ET SI il est chauffeur, son permis lui donne 6, ben oui parce que là? son permis ça compte pas pour du beurre monsieur.
Quoi? Le chef ne peut pas être chauffeur ? Ha. Nan mais attendez, rassurez-vous, c’est du paramétrage tout ça, le principe est là, vous comprenez…». *
(et ils l’ont même gardé dites donc ! Nan mais j’avais fait ça bien, c’est un vrai système de psychopathe sous Excel avec des macros de ouf et tout, attends tu crois quoi ?!)… **
* Dans la réalité, celle où je ne peux pas parler comme une "débile gogole" sans courir le risque d'être enfermée, je suis sérieuse en réunion. Je fais la consultante avec un tailleur tout nickel, un Powerpoint si immaculé qu’on ne soupçonnerait même pas l’arnaque et des mots du genre :
«Hummm, notre approche s’appuie sur une démarche méthodologique éprouvée qui se décline en trois axes majeurs … »
** on ne dirait pas, mais en fait, il est bien ce système !

Mariam et Nicolas (un collègue et ami de Nicolas, faites un effort !), nous ont invité à la célébration marocaine de leur mariage en juillet dernier. Ils vivent tous les deux en France, et ont organisé leurs noces à Marrakech.
Ce mariage féérique restera longtemps dans nos mémoires.
Longue vie aux mariés !
Premier petit hic
Le mariage a lieu dans quinze jours et - ôôô malheur - je ne sais pas comment m’habiller.
La future mariée m’a assuré que la tenue avait peu d’importance, que je pouvais choisir de me vêtir d’habits traditionnels marocains ou d’un accoutrement européen, à ma guise. Euh, laissez-moi réfléchir. Je suis au Maroc, les caftans y sont sublimes (ça ne fait que la 3e fois que je le souligne), je vais à un mariage marocain…Ha oui, et si je mettais ce petit chemisier blanc à fleurs sur un pantalon noir à pince ? Non ?
Non !
Et Nico en redingote pendant qu’on y est !
Je me lance dans l’opération caftan.
Opération caftan – Fatima, vous me recevez ?
Fatima est une collègue et surtout l’une de mes plus chères amies au Maroc. J’apprends énormément de la culture locale grâce à elle et j’ai trouvé chez cette mère de famille unique en son genre, de belles valeurs, vigoureusement entretenues par un militantisme intelligent et probe.
J’arrive donc un lundi matin de début juillet, pleine d’enthousiasme à l’idée de faire part à Fatima de mes aspirations vestimentaires.
« Mais ma pauvre enfant, comment veux-tu avoir un caftan en quinze jours, c’est la période des mariages en ce moment ».
Je déglutis douloureusement.
La petite fille qui attendait
« Ha. On ne peut pas simplement aller en centre ville faire deux ou trois boutiques ? De toute façon, je n’ai pas un gros budget donc du sur mesure…»
Elle rigole.
« Ben quoi ? »
Nous allons quand même faire deux ou trois boutiques au centre ville (l’ancien, pour les lecteurs casaouis) et je comprends rapidement la signification du rire de Fatima. Evidemment, je ne trouve rien qui corresponde à mes attentes.
Elle me reçoit 5 sur 5
On passe au plan B
Fatima, pleine de ressources, m’invite à rencontrer son couturier qui se trouve à Hay Mohammedi, un quartier très populaire de Casablanca.
Selon les dires de Fatima en qui j’ai pleine confiance, ce quartier était le bastion indépendantiste marocain sous la présence française.
Elle m’invite à être prudente, et à tenir mon sac le plus fermement possible. Au passage, rien ne m’est arrivé dans ce quartier dans lequel je suis souvent retournée mais mon sac est tombé dans les mains de redoutables ravisseurs à l’arraché au sein de l’un des quartiers les plus rupins de Casa… Logique…
Nous nous dirigeons vers un centre commercial autour duquel s’animent pléthore de marchands plus ou moins ambulants.
J’ai beaucoup aimé cet endroit. Il m’a rappelé les immenses marchés colorés de Mexico et le plus modeste marché de Chanzy.
Oui, Chanzy, dans le 93. Îlot presque bourgeois, rendez-vous dominical immanquable des ménagères de moins de 50 ans rainçéenes, bondynoises, coubronnaises et autres livryennes…Je m’inclus dans le cercle desdites ménagères (mouarf).
Quelles similitudes ?
D’abord et surtout, les vendeurs. Les cris fusent à tout va et j’imagine très bien ce qu’ils pourraient signifier :
« 10 balles ou j’remballe » « Y’en aura pas pour tout le monde »
« Qu’elles sont belles mes baskets. Mes bababa…mes kékéttes….Mes baskets à un euro (10 dirhams, 11 pesos…) la paire »
« Des chaussettes, tu en veux ? En voilà !! »
« Messieurs, un homme bien dans sa tête ?....est un homme bien dans ses chaussettes ! »
(Réplique empruntée à un fameux vendeur de Chanzy qui me fit exploser de rire alors que je me baladais seule dans le marché…).
Ensuite, l’affluence.
Nous nous frayons un passage, tant bien que mal pour pénétrer le centre commercial tant la foule est compacte. Je parviens tout de même à rencontrer Sidi couturier (je ne me souviens plus de son nom, désolée).
Je raccourcis l’épisode de la confection du caftan et en arrive directement au jour J ! Le raccourci est navrant car des tas d’autres aventures m’ont amenée au caftan VF (Version Finale). Et oui, comme un doc Word de consultant, le versionning fut de rigueur, surtout pour les accessoires …
Armés d’un caftan sobre, classe et unique (youpi ya ya youpi youpi ya !!!!!) et d’un costume basique (désolée Nico), nous prenons donc la route vers Marrakech le samedi matin du mariage.
Nous nous rendons au Bled, une auberge formidable qui sera désormais notre unique point de chute à Marrakech.
Description rapide :
- Grande ferme construite près d’une source d’eau
- Cadre idyllique et nature foisonnante d’orangers, de citronniers, de figuiers…
- Un potager dans lequel sont pris les légumes servis aux différents repas
- Le même âne que dans Schrek, j’vous jure !
- Des poules et des faisans qui mettent l’ambiance
- Des chambres cosy, joliment décorées
- Un personnel attentif et discret
Merci à Antoine et Xuan-Daï pour cette suggestion !
Petit bémol : lorsque le taux d’occupation est à 100%, l’espace de vie se
rétrécit un petit peu trop…
Nous profitons de la journée paisiblement, lecture, piscine, repas léger…le rendez-vous n’est qu’à 19H30 et nous ne sommes qu’à quelques kilomètres du lieu du mariage.
18h30 : Nous recevons un sms de Nico, le futur marié : « La mariée n’est pas prête, le RDV est à 20h ».
Il fait plus de 42°, le soleil brille encore. Nous retardons donc le moment de s’habiller et profitons des dernières douceurs du jour pour…ne rien faire !
19h30 : nouveau sms de Nico : “RDV à 21h”
Nous décidons de fêter leur union prochaine en s’octroyant un apéritif rafraichissant.
20h45 : Cette fois-ci nous appelons Nico. Il ne semble pas toujours pas très sûr des horaires.
Bref, nous arrivons au mariage aux alentours de 23h, pile quand les festivités débutent…
Le mariage se déroule, si j’ai bien compris (sinon Mariam me corrigera) dans un espace ouvert aménagé tout près de la maison des parents de la mariée. De souriantes dames nous accueillent chaleureusement et nous invite à déguster un verre de lait et des dattes. Cette petite mise en bouche engloutie (il est 23h15…), l’une d’elles nous accompagne à notre table, la table « des collègues ».
And now ….the show…is about...to begin !!
Aaaarrre yoooouuu rrreeeeaadddyyyyy????
Nous traversons la maison et arrivons dans un vaste espace recouvert d’épais tapis et très joliment agrémenté.
La quantité d’invités m’impressionne.
Nous patientons quelque peu, discutons avec nos voisins de table, écoutons l’orchestre traditionnel et nous laissons porter par la douce chaleur nocturne….
Quand soudain, venant de nulle part, surgit -non pas un aigle noir (mouarf)- mais Nicolas porté par un cheval !
Ses pas sont brusques et désordonnés. J’attends le moment où ses sabots feront voltiger les tables …ou le micro du chanteur. Non, je n’ai rien contre le chanteur, pourquoi ? :D
L’animal est aussi impressionné que moi par le nombre de personnes réunies et manque d’éjecter le futur marié.
Nicolas parvient finalement à maîtriser l’animal (chapeau bas). Quelle entrée !
Une concrétisation du prince charmant sur son cheval ( pas blanc) ! Là encore, les marocains ont le sens de la féerie !
Peu de temps après, arrive la princesse Mariam portée par quatre dames dans un…euh…qu’est ce que c’est déjà ?
... un porte princesse !
(Mariam nous donnera le nom, hein ?).
Un moyen de locomotion écologique et très fashion. Le porte princesse se customize pour aller avec vos tenues ! Mêmes les porteuses sont customizées. Vous en connaissez beaucoup des Prius customizables ? J’adore.
Bon par contre, le porte princesse est sympa pour les petits trajets. Pour les trajets plus longs, il faut nécessairement penser un système de roulement où la princesse devient porteuse et vice versa. Et il faut aussi que tout le monde aille au même endroit. …
C’est sûr, le concept est perfectible, je vous l’accorde.
Petite princesse deviendra reine
Quoi qu’il en soit, cette arrivée revêt Mariam d’une telle préséance que je n’ose aller lui parler. Il me faudra deux bonnes heures avant de trouver l’hardiesse d’approcher la reine…
Les deux icônes sont installés sur un trône. Nicolas a l’air de vivre Fantasia version marrakch. Ses grands yeux brillants sont très touchants.
Une aura magique entoure le couple à qui les plus grandes stars n’ont rien à envier. Les flashs crépitent de partout, un
caméraman (truc de ouf !) suit le moindre battement de cil des deux tourtereaux et je me demande quand Nelson Montfort va demander à Nico ses impressions (ben oui, ça relève du
Mariam brille au sens propre du terme. Ses vêtements sont somptueux, abondamment mais galamment décorés. Sans doute est-elle belle naturellement mais ce soir, ses ornements l’habillent d’une beauté qui semble intarissable. Je dis sans doute car je n’ai jamais rencontré Mariam avant le soir de son mariage. Alors bon….moi j’dis, y’a triche là ! ‘ttendez là les gars, faut pas déconner, c’est carrément pas juste, quoi !
Sans alcool la fête est plus folle !
Croyez-le ou non, c’est vrai !! Nous nous sommes beaucoup amusés !
La soirée se poursuit dans une ambiance de folie !
Les femmes, dont les caftans semblent faire un concours de magnificence, ne cessent de danser. Elles se relaient pour que jamais la piste ne soit vide. Certaines d’entre elles se distinguent par d’admirables pas de danse. Les hommes n’auront qu’à bien se tenir, et toc !
Il manque, il est vrai, le tonton Gégé que nous autres français, cachons tous dans nos familles, et qui, de pastis en whisky oublie peu à peu les règles élémentaires de bienséance. Dans tout mariage français qui se respecte, Tonton Gégé, enorgueilli par ses prouesses alcooliques, se jette sur la piste pour exécuter un approximatif twist, qui se terminera en chenille dans le meilleur des cas, je vous laisse imaginer le pire !
Chères amies qui vous mariez bientôt, choisissez un DJ de confiance, c’est tout simplement…
CA-PI-TAL pour parvenir à maîtriser votre Tonton Gégé....
Au revoir belle mariée. Que la vie t’offre joies et douceurs auprès de ton cavalier !
Par Tahar Ben Jelloun LE MONDE | 26.09.09 | 13h46
Le choc des civilisations se remarque parfois dans des situations ridicules, des comportements stupides provoqués par l'arrogance et l'ignorance. Ainsi, j'étais l'autre jour dans le sud du Maroc et j'ai assisté à cette scène : une voiture décapotable arrive à toute vitesse sur une route étroite, une piste pleine de trous. Une voiture de sport, peut-être une Porsche. Elle est conduite par un jeune, tête rasée à la mode, lunettes noires, cigarette aux lèvres et téléphone portable dans une main. Une voiture qui coûte cher, le prix d'une prairie, le prix d'une vie de travail à l'étranger ou le salaire d'un prince. La voiture s'arrête à notre niveau. Le jeune homme est fier de son machin. Il montre le pays à une femme assise à ses côtés, mais une femme enveloppée entièrement d'un voile noir, mains gantées de noir, et sur la fente, pour qu'elle puisse voir, elle a posé des lunettes noires. Un fantôme, une chose qui bouge à peine, mais ne parle pas. Cela me rappelle les dernières pages des Voix de Marrakech d'Elias Canetti, où il décrit une chose noire qui se meut à peine, mais dont on ne voit ni le corps ni aucun membre. Peut-être quelqu'un d'humain est là.
Le jeune homme sort de la Porsche, allume une cigarette et dit en français : "C'est beau mon pays !" La femme séquestrée dans ce linceul noir hoche la tête. Elle ne prononce aucun mot. Sans que je lui parle, il me dit : "Je me suis marié, et je repars avec elle, mais problème papiers, ils veulent photo identité visage découvert, ils sont fous, enfin Allah est grand !" Il passe plusieurs fois la main sur l'aile de la voiture comme s'il caressait la jambe d'une jeune fille nue. A son accent, je constate qu'il est du Rif, pays où l'on cultive du kif, avec lequel on fait le haschisch. Argent facile. Il conduit un engin comme s'il était prêt à s'embarquer pour la Lune et traite sa femme ou celle supposée être sa femme comme une esclave, une chose, un paquet enveloppé dans un service funéraire. Evidemment, il téléphone avec son portable et parle en néerlandais. Il vient de Rotterdam, car la voiture y est immatriculée. La chose le suivra dans son pays d'immigration, ou bien chargera-t-il ses parents de lui livrer le paquet par la poste ?
En repartant, il s'arrange pour que nous recevions un nuage de poussière. La chose noire n'est plus visible. Je n'ai pas eu envie de lui parler. Cela n'aurait servi à rien. Il doit avoir peur des femmes. C'est un problème d'ordre intime et relève de la psychiatrie. Il a peur qu'on lui prenne sa femme, qu'on la viole avec le regard, qu'on la désire en rêve. Alors qu'il la garde en attendant que la pauvre se réveille un jour et prenne sa revanche. C'est déjà arrivé.
Cet individu illustre à lui tout seul toutes les contradictions d'une mentalité de l'âge de pierre avec un pied dans le XXIe siècle. Il utilise les moyens techniques les plus sophistiqués et en même temps traite sa femme comme du bétail.
Ce genre de situation a été dénoncé de manière courageuse et forte par une femme arabe, une psychologue vivant à Los Angeles, qui a débattu il y a quelques mois avec un théologien égyptien sur la chaîne Al-Jazira. C'était le choc de l'année. J'ai retranscrit ce qu'elle a dit et vous en donne quelques passages : "Ce à quoi nous assistons aujourd'hui, ce n'est pas un choc des civilisations, mais une opposition entre des mentalités du Moyen Age et des mentalités du XXIe siècle ; entre la civilisation et l'arriération, entre la barbarie et la rationalité, entre la démocratie et la dictature, entre la liberté et la répression ; c'est un choc entre les droits de l'homme d'une part, et la violation de ces droits de l'autre. C'est un choc entre ceux qui traitent les femmes comme des bêtes et ceux qui les traitent comme des êtres humains..."
Cette femme, à visage découvert évidemment, parle calmement, martèle ses mots et dit ses vérités à un monde où règne l'hypocrisie et l'obscurantisme. Quand elle dit haut et fort qu'elle est laïque et que la foi est d'ordre privé, son interlocuteur hurle, affolé : "Tu es athée, athée, ennemie de l'islam !"
Qu'on le veuille ou non, il y a bel et bien deux mondes qui s'opposent aujourd'hui : celui de la liberté et celui de la barbarie, celle notamment qui a fait démolir des statues bouddhistes en Afghanistan et interdit aux femmes d'aller à l'école ou d'enseigner, de se faire soigner par un médecin homme, de rire de manière audible, d'écouter de la musique, de se maquiller (des femmes ont eu les doigts tranchés parce qu'elles ont mis du vernis sur leurs ongles), etc. La barbarie qui envoie des jeunes gens se faire exploser dans des lieux publics, celle qui menace la paix du monde en se réclamant d'un islam qui n'a rien à voir avec cette brutalité et cette folie. Comme a dit la femme courageuse, "les musulmans doivent se demander ce qu'ils peuvent faire pour l'humanité avant d'exiger que l'humanité les respecte !".
On a beau dire et répéter que l'Afghanistan et ses talibans ne représentent pas l'islam, que ce qu'ils font est en totale contradiction avec l'esprit et la lettre musulmans, c'est au nom de cette religion qu'ils agissent et parviennent à contaminer une partie de la jeunesse d'origine musulmane, qu'elle soit en Europe ou dans les pays du Maghreb.
Le jeune immigré à la Porsche noire avec la femme en noir a disparu convaincu qu'il est un bon musulman, un homme de son temps et probablement un mari qui ne sera jamais cocu !
Tahar Ben Jelloun est écrivain